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Sunday, July 19, 2009

"Danse Macabre"

The Dance of Death

To Ernest Christophe

Proud as a living person of her noble stature,
With her big bouquet, her handkerchief and gloves,
She has the nonchalance and easy manner
Of a slender coquette with bizarre ways.


Did one ever see a slimmer waist at a ball?
Her ostentatious dress in its queenly fullness
Falls in ample folds over thin feet, tightly pressed
Into slippers with pompons pretty as flowers.


The swarm of bees that plays along her collar-bones
Like a lecherous brook that rubs against the rocks
Modestly protects from cat-calls and jeers
The funereal charms that she's anxious to hide.


Her deep eye-sockets are empty and dark,
And her skull, skillfully adorned with flowers,
Oscillates gently on her fragile vertebrae.
Charm of a non-existent thing, madly arrayed!


Some, lovers drunken with flesh, will call you
A caricature; they don't understand
The marvelous elegance of the human frame.
You satisfy my fondest taste, tall skeleton!


Do you come to trouble with your potent grimace
The festival of Life? Or does some old desire
Still goading your living carcass
Urge you on, credulous one, toward Pleasure's sabbath?


With the flames of candles, with songs of violins,
Do you hope to chase away your mocking nightmare,
And do you come to ask of the flood of orgies
To cool the hell set ablaze in your heart?


Inexhaustible well of folly and of sins!
Eternal alembic of ancient suffering!
Through the curved trellis of your ribs
I see, still wandering, the insatiable asp.


To tell the truth, I fear your coquetry
Will not find a reward worthy of its efforts;
Which of these mortal hearts understands raillery?
The charms of horror enrapture only the strong!


The abyss of your eyes, full of horrible thoughts,
Exhales vertigo, and discreet dancers
Cannot look without bitter nausea
At the eternal smile of your thirty-two teeth.


Yet who has not clasped a skeleton in his arms,
Who has not fed upon what belongs to the grave?
What matters the perfume, the costume or the dress?
He who shows disgust believes that he is handsome.


Noseless dancer, irresistible whore,
Tell those dancing couples who act so offended:
"Proud darlings, despite the art of make-up
You all smell of death! Skeletons perfumed with musk,


Withered Antinoi, dandies with smooth faces,
Varnished corpses, hoary-haired Lovclaces,
The universal swing of the danse macabre
Sweeps you along into places unknown!


From the Seine's cold quays to the Ganges' burning shores,
The human troupe skips and swoons with delight, sees not
In a hole in the ceiling the Angel's trumpet
Gaping ominously like a black blunderbuss.


In all climes, under every sun, Death admires you
At your antics, ridiculous Humanity,
And frequently, like you, scenting herself with myrrh,
Mingles her irony with your insanity!"


— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)


Danse macabre
À Ernest Christophe

Fière, autant qu'un vivant, de sa noble stature
Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants
Elle a la nonchalance et la désinvolture
D'une coquette maigre aux airs extravagants.


Vit-on jamais au bal une taille plus mince?
Sa robe exagérée, en sa royale ampleur,
S'écroule abondamment sur un pied sec que pince
Un soulier pomponné, joli comme une fleur.


La ruche qui se joue au bord des clavicules,
Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher,
Défend pudiquement des lazzi ridicules
Les funèbres appas qu'elle tient à cacher.


Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
Ô charme d'un néant follement attifé.


Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature.
Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher!


Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie? ou quelque vieux désir,
Eperonnant encor ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir?


Au chant des violons, aux flammes des bougies,
Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur,
Et viens-tu demander au torrent des orgies
De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur?


Inépuisable puits de sottise et de fautes!
De l'antique douleur éternel alambic!
À travers le treillis recourbé de tes côtes
Je vois, errant encor, l'insatiable aspic.


Pour dire vrai, je crains que ta coquetterie
Ne trouve pas un prix digne de ses efforts
Qui, de ces coeurs mortels, entend la raillerie?
Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts!


Le gouffre de tes yeux, plein d'horribles pensées,
Exhale le vertige, et les danseurs prudents
Ne contempleront pas sans d'amères nausées
Le sourire éternel de tes trente-deux dents.


Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette,
Et qui ne s'est nourri des choses du tombeau?
Qu'importe le parfum, l'habit ou la toilette?
Qui fait le dégoûté montre qu'il se croit beau.


Bayadère sans nez, irrésistible gouge,
Dis donc à ces danseurs qui font les offusqués:
«Fiers mignons, malgré l'art des poudres et du rouge
Vous sentez tous la mort! Ô squelettes musqués,


Antinoüs flétris, dandys à face glabre,
Cadavres vernissés, lovelaces chenus,
Le branle universel de la danse macabre
Vous entraîne en des lieux qui ne sont pas connus!


Des quais froids de la Seine aux bords brûlants du Gange,
Le troupeau mortel saute et se pâme, sans voir
Dans un trou du plafond la trompette de l'Ange
Sinistrement béante ainsi qu'un tromblon noir.


En tout climat, sous tout soleil, la Mort t'admire
En tes contorsions, risible Humanité
Et souvent, comme toi, se parfumant de myrrhe,
Mêle son ironie à ton insanité!»


— Charles Baudelaire



Wednesday, May 27, 2009

"A Passer By"

À une passante
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit! — Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?

Ailleurs, bien loin d'ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais!


— Charles Baudelaire



To a Passer-By
The street about me roared with a deafening sound.
Tall, slender, in heavy mourning, majestic grief,
A woman passed, with a glittering hand
Raising, swinging the hem and flounces of her skirt;

Agile and graceful, her leg was like a statue's.
Tense as in a delirium, I drank
From her eyes, pale sky where tempests germinate,
The sweetness that enthralls and the pleasure that kills.

A lightning flash... then night! Fleeting beauty
By whose glance I was suddenly reborn,
Will I see you no more before eternity?

Elsewhere, far, far from here! too late! never perhaps!
For I know not where you fled, you know not where I go,
O you whom I would have loved, O you who knew it!

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)

Sunday, May 17, 2009

The Love of Lies

L'Amour du mensonge
Quand je te vois passer, ô ma chère indolente,
Au chant des instruments qui se brise au plafond
Suspendant ton allure harmonieuse et lente,
Et promenant l'ennui de ton regard profond;

Quand je contemple, aux feux du gaz qui le colore,
Ton front pâle, embelli par un morbide attrait,
Où les torches du soir allument une aurore,
Et tes yeux attirants comme ceux d'un portrait,

Je me dis: Qu'elle est belle! et bizarrement fraîche!
Le souvenir massif, royale et lourde tour,
La couronne, et son coeur, meurtri comme une pêche,
Est mûr, comme son corps, pour le savant amour.

Es-tu le fruit d'automne aux saveurs souveraines?
Es-tu vase funèbre attendant quelques pleurs,
Parfum qui fait rêver aux oasis lointaines,
Oreiller caressant, ou corbeille de fleurs?

Je sais qu'il est des yeux, des plus mélancoliques,
Qui ne recèlent point de secrets précieux;
Beaux écrins sans joyaux, médaillons sans reliques,
Plus vides, plus profonds que vous-mêmes, ô Cieux!

Mais ne suffit-il pas que tu sois l'apparence,
Pour réjouir un coeur qui fuit la vérité?
Qu'importe ta bêtise ou ton indifférence?
Masque ou décor, salut! J'adore ta beauté.

— Charles Baudelaire



The Love of Lies
When I see you pass by, my indolent darling,
To the sound of music that the ceiling deadens,
Pausing in your slow and harmonious movements,
Turning here and there the boredom of your gaze;

When I study, in the gaslight which colors it,
Your pale forehead, embellished with a morbid charm,
Where the torches of evening kindle a dawn,
And your eyes alluring as a portrait's,

I say within: "How fair she is! How strangely fresh!"
Huge, massive memory, royal, heavy tower,
Crowns her; her heart bruised like a peach
Is ripe like her body for a skillful lover.

Are you the autumn fruit with sovereign taste?
A funereal urn awaiting a few tears?
Perfume that makes one dream of distant oases?
A caressive pillow, a basket of flowers?

I know that there are eyes, most melancholy ones,
In which no precious secrets lie hidden;
Lovely cases without jewels, lockets without relics,
Emptier and deeper than you are, O Heavens!

But is it not enough that you are a semblance
To gladden a heart that flees from the truth?
What matter your obtuseness or your indifference?
Mask or ornament, hail! I adore your beauty.

Friday, May 15, 2009

"La Beauté"

La Beauté
Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!

— Charles Baudelaire


Beauty
I am fair, O mortals! like a dream carved in stone,
And my breast where each one in turn has bruised himself
Is made to inspire in the poet a love
As eternal and silent as matter.

On a throne in the sky, a mysterious sphinx,
I join a heart of snow to the whiteness of swans;
I hate movement for it displaces lines,
And never do I weep and never do I laugh.

Poets, before my grandiose poses,
Which I seem to assume from the proudest statues,
Will consume their lives in austere study;

For I have, to enchant those submissive lovers,
Pure mirrors that make all things more beautiful:
My eyes, my large, wide eyes of eternal brightness!

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)

"The Enemy"

L'Ennemi
Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?

— Ô douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie!

— Charles Baudelaire


The Enemy
My youth has been nothing but a tenebrous storm,
Pierced now and then by rays of brilliant sunshine;
Thunder and rain have wrought so much havoc
That very few ripe fruits remain in my garden.

I have already reached the autumn of the mind,
And I must set to work with the spade and the rake
To gather back the inundated soil
In which the rain digs holes as big as graves.

And who knows whether the new flowers I dream of
Will find in this earth washed bare like the strand,
The mystic aliment that would give them vigor?


Alas! Alas! Time eats away our lives,
And the hidden Enemy who gnaws at our hearts
Grows by drawing strength from the blood we lose!

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)